Affaire Sébastien Raoult : le député vosgien S. Viry interpelle le ministre de la Justice

Publié le Mercredi 5 Octobre 2022

Dans une lettre adressée au garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, le député vosgien, Stéphane Viry, ainsi que le député des Alpes-de-Haute-Provence, Léo Walter, demandent l'extradition du jeune spinalien Sébastien Raoult, du Maroc vers la France. Un courrier cosigné par 32 autres députés français, issus de tous bords politiques.

Rappelons que le jeune vosgien de 21 ans est incarcéré depuis fin mai dans une prison marocaine à Rabat. Une arrestation sur demande des autorités américaines qui l'accusent d'avoir participé en France à une vaste opération de piratage informatique. Les État-Unis réclament depuis son extradition sur le sol américain où il encourt 116 ans de prison.

Dans leur courrier adressé au ministre de la Justice, les députés s'indignent devant l'inaction de la Justice française, sollicitée depuis plusieurs mois par Sébastien Raoult et ses proches qui demandent qu'elle s'empare de l'affaire.

"Les faits reprochés à Sébastien Raoult, citoyen français, se sont déroulés sur le territoire français. Il doit donc être jugé par un tribunal français et selon le droit français. Le 3 août, à Marseille, vous avez déclaré que vous n’aviez pas « la possibilité, à ce stade, d’intervenir », la justice marocaine étant « souveraine et indépendante ».

Depuis, des éléments (repris entre autres par Le Monde, Libération et La Dépêche) montrent que des investigations sur cette affaire ont été menées sur le sol français et par des policiers français. Vous avez donc bien les moyens d’intervenir." soulignent les signataires.

Avant de rappeler que "Sébastien Raoult ne cherche pas à se soustraire à la justice. Il souhaite qu’une demande d’extradition soit formulée par les autorités françaises auprès des autorités marocaines, conformément à la convention d’extradition franco-marocaine du 18 avril 2008 ; il souhaite être jugé en France, dans le respect de ses droits fondamentaux."

Sébastien Raoult donne de ses nouvelles en prison

Un courrier officiel des députés, qui fait écho au message* que Sébastien Raoult a souhaité faire passer à ses soutiens français, par voie de presse (la lettre a été publiée il y a quelques jours dans le Nouvel Obs), et qui donne de ses nouvelles en prison. 

"Mon quotidien ici n’est pas merveilleux. Je suis enfermé, 22 h par jour, sans contact avec le monde extérieur et 2 heures dans la cour de la prison. Je suis dans un pays dont je ne parle pas la langue. J’ai perdu tous mes repères, privé de mes rêves, de mes projets, de ma liberté.

On est 8 détenus dans ma « chambre ». Mon espace personnel se limite à un lit d’une place en pierre avec des couvertures en guise de matelas." raconte-t-il. 

Dans son courrier, il sollicite une fois encore l'aide de la Justice française et clame à nouveau son innocence : "Mon identité a été détournée, usurpée afin que je serve de bouc émissaire dans des activités cybercriminelles réalisées depuis la France, auxquelles le FBI pense que j’aurais participé. À cause de ce piège qui m’a été tendu, j’encours une peine de 116 ans aux États-Unis."

Mais quelques lignes plus bas, le jeune homme avoue s'interroger sur les tenants de cette affaire :

"Nous ne sommes pas dépourvus de tribunaux en France. Si des méfaits ont été commis depuis la France, pourquoi serait-ce à un autre pays de rendre justice avec des lois qui ne sont pas les nôtres ?

D’un côté, je me refuse de croire davantage que l’État français puisse m’abandonner au sort de la justice américaine, d’un autre côté, je me demande encore aujourd’hui pourquoi les autorités françaises ne m’ont jamais averti à propos du mandat d’arrêt Interpol alors que depuis j’ai renouvelé mon passeport et j’ai passé les frontières à plusieurs reprises. M’aurait-on volontairement laissé partir en zone extradable ? Si tel est le cas, j’aimerais bien savoir qui en France a pris cette décision de mettre l’intérêt des États-Unis avant celui d’un de ses citoyens .

Ainsi, vous comprendrez combien c’est difficile pour moi de ressentir autre chose qu’un amer mélange d’abandon et de trahison. Je stagne dans l’incompréhension et je commence à perdre confiance en les valeurs de la République française. Je me rappelle que la République Française m’a fait grandir en m’inculquant les valeurs de sa devise Liberté, Égalité, Fraternité. Aujourd’hui à 21 ans je me retrouve privé de liberté, l’égalité de traitement devant la loi m’est interdite et l’État tarde à manifester sa fraternité." déplore-t-il, avant de finir en remerciant les personnes qui le soutiennent et lui permettent de garder "l’espoir d’un retour en France et à la vie normale". 

* Un message dicté par téléphone à son père, Paul Raoult.

Anaïs Gall

 

 

 

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