Réintroduction du grand tétras : avis défavorable du Conseil scientifique du patrimoine naturel

Publié le Mardi 7 Mars 2023

L’année dernière les services de l’État présentaient le projet de ‘‘renforcement de la population de grand tétras dans le massif des Vosges’’. Un projet prévu à partir de ce printemps 2023 et étalé sur 15 ans, avec le lâcher de 150 volatiles venus de Scandinavie, dont certains sur le secteur du Grand Ventron. Un projet à propos duquel le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) vient de rendre un avis défavorable. Le CSPRN est une instance réunissant une cinquantaine de scientifique et naturalistes et dont les avis ne sont que consultatifs mais qui sont génralement suivis.

Dans son avis édité le 21 février, le CSRPN émet ‘‘un avis défavorable à la demande d’autorisation d’introduction dans le milieu naturel de Grand Tétras dans le département des Vosges pour les cinq prochaines années. Le dossier présenté manque de maturité et comporte de trop nombreuses lacunes tant en matière de prise en compte des facteurs à l’origine de l’effondrement des populations que d’analyse de la littérature scientifique et de fourniture d’informations indispensables à la compréhension de la situation dans les Vosges.
Le CSRPN considère que le projet ne permettra pas d’éviter l’extinction de la population sur le massif au cours des cinq prochaines années car les conditions indispensables au rétablissement d’une population viable de grand tétras ne sont à l’évidence pas réunies. Par ailleurs, les quelques mesures d’accompagnement, généralement non acquises à ce jour, sont loin d’être à la hauteur des besoins qu’une telle opération nécessiterait pour espérer des résultats positifs. De telles mesures devraient impérativement concerner à minima toute l’aire de présence récente du grand tétras.

Une question à revisiter à moyen terme ?

Le CSRPN recommande de poursuivre et amplifier les actions déjà en cours en vue de rétablir le bon fonctionnement de l’écosystème, à l’échelle du massif vosgien et de tout mettre en œuvre pour éviter que la situation ne se dégrade un peu plus. Le CSRPN insiste sur le fait que, même en l’absence de Grand Tétras, de telles actions demeurent pleinement justifiées au regard des nombreux enjeux actuels et à venir concernant la biodiversité dans toutes ses déclinaisons. Si ces mesures, évaluées à l’aide d’un panel d’indicateurs pertinents, s’avéraient efficaces, alors la question d’une opération de réintroduction mûrement réfléchie, pourrait être revisitée à moyen terme.

Chaos climatique, surfréquentation humaine et surpopulation de sangliers

Un avis défavorable dont se réjouissent certains défenseurs de la biodiversité, certes, mais opposants à ce projet de réintroduction. L’association Oiseaux nature estime ainsi dans un communiqué que ‘‘le Grand Tétras est moribond dans les Vosges, qui aurait pu s'en douter ? Pour faire croire qu'il agit, l'Etat veut en relâcher à grand frais, comme les chasseurs lâchent des perdrix. Opération totalement irréaliste... Explications. Le Grand tétras est une espèce boréale très sensible au dérangement et très exigeante. Il ne peut vivre que dans une vieille forêt de qualité et en bonne santé. Les causes de l'effondrement des populations vosgiennes, nombreuses, sont en cours d'aggravation. Le milieu de vie peuplé par tétras et gélinottes il y a encore quelques décennies se dégrade profondément de multiples façons : chaos climatique, avec canicules et absence d'enneigement prolongé incompatibles avec la survie d'une espèce boréale; croissance exponentielle du public dans les forêts, de jour comme de nuit, souvent motorisé ou en quête de champignons, de myrtilles ou simplement de grand air; surpopulation artificielle de sangliers nourris par les chasseurs et poursuivis à l'aide de chiens en battues; ouverture de pistes forestières associées à exploitations mécanisées jusque dans les endroits reculés avec élimination des arbres âgés… une liste est loin d'être exhaustive.
En résumé, les Vosges d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec celles qui hébergeaient les tétraonidés (tétras et aussi gélinotte des bois) il y a quelques décennies encore. Cela explique l'effondrement de leurs populations et leur disparition probable en 2023.

impossible de revenir en arrière


Un projet très onéreux de lâchers d'oiseaux nordiques est étudié par l'Etat. Conçu dans des bureaux, il ne tient compte ni des données de terrain ni des avis des associations naturalistes. Les causes d'un échec prévisible ? Quand conditions de vie et milieu naturel sont devenus invivables sur de vastes espaces, surtout pour des espèces sensibles, il est impossible de revenir en arrière. Alors aller capturer des oiseaux en Norvège pendant des années, pour relâcher les survivants voués à une mort certaine ici, au chaud, est inacceptable. Gaspiller des sommes énormes d'argent public en toute connaissance de cause l'est tout autant : 470 000 € en 2023, puis deux à trois fois plus chaque année
Pour toutes ces raisons, Oiseaux nature est formellement opposée à ces opérations. Qui a intérêt à mettre en œuvre un tel projet et pourquoi ? Relâcher des ours dans les Pyrénées quand le milieu de vie est encore accueillant est tout autre chose que de lâcher des oiseaux dans un milieu de vie qui a disparu.’’

Revoir nos reportages du 10 mai 2022, du 19 juillet 2022 et du 3 octobre 2022

Ludovic Bisilliat, photo DR

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